Les défis que rencontrent les DSIs et RSSIs pour gérer la fraude

La fraude augmente à l’échelle mondiale – dans tous les secteurs. Dans son étude mondiale sur la fraude et les abus professionnels « Report to the Nations 2018 », l’ACFE (Association for Certified Fraud Examiners) indique que les pertes mondiales dues à la fraude pourraient s’élever à 4 000 milliards de dollars pour la seule année 2017,53 % des victimes ne récupérant rien et 32 % n’obtenant qu’un recouvrement partiel des fonds détournés.


Parmi les fraudes professionnelles les plus courantes sont recensées les détournements d’actifs, les systèmes de corruption et la fraude aux états financiers. Mais l’enjeu que représente la fraude ne concerne pas uniquement le secteur des services financiers, de nombreuses organisations de par le monde en sont victimes, notamment du fait de l’environnement numérique qui offre aux fraudeurs de nouveaux canaux et de nouvelles possibilités de commettre des fraudes ainsi que des vols, souvent avec la complicité d’initiés et d’employés compromis.


Au Kenya, la fraude numérique aurait dépassé les 17 milliards de Ksh pour la seule année 2016, des entités telles que la National Bank of Kenya a fait l’objet d’une attaque très médiatisée par un syndicat qui aurait volé jusqu’à 29 millions de Ksh l’année dernière. En Afrique du Sud, la banque Absa a récemment signalé que le pays avait connu un pic important de fraude numérique, le nombre de cas aurait augmenté de 64 % au cours de l’année écoulée, impactant l’ensemble du secteur des services financiers.


Cependant, les pertes liées à la fraude rendues publiques ne sont souvent que des estimations, car de nombreux incidents ne sont pas signalés. Selon l’étude 2019 sur l’état de la cybersécurité de l’ISACA, les pertes dues à la cybercriminalité pourraient être  » largement sous-déclarées  » au niveau mondial.


Ce constat ne surprend aucunement les experts qui y sont confrontés: les DSI et RSSI qui sont engagés dans une lutte quotidienne contre la fraude et le cyber-risque dans le monde entier. L’enquête WE Européen IT Security Strategies Survey d’IDC a révélé que les équipes de sécurité manquaient de personnel et se retrouvaient souvent débordées. Elle indique également que les ressources informatiques sont souvent utilisées à presque pleine capacité pour la maintenance et la gestion des systèmes d’informations, et pour faciliter le déploiement rapide de services ce qui limite leur disponibilité pour la gestion de la sécurité.


Cette enquête révèle également que 44% de l’équipe opérationnelle est mobilisée pour effectuer des tâches de routine, que 38% des équipes de sécurité consacrent une large partie de leur temps à maintenir et gérer les outils de sécurité qu’à effectuer des enquêtes de sécurité. Elle révèle également que 37% font état de niveaux élevés de demande de nouveaux services commerciaux, 34% signalent qu’il n’y aurait pas assez d’intégration dans les équipes d’infrastructure informatique, et enfin, 36% indique le manque de compréhension de la direction comme un obstacle à la mise en place d’une sécurité efficace.

Cela fait écho à certaines des conclusions de l’étude Fraud Kenya 2018 de Myriad Connect, « CIO expert insights research» qui met en évidence certains des principaux défis auxquels est confronté le secteur des services financiers dont :

  • L’absence de législation et de sanctions strictes pour les auteurs de fraudes liées aux transactions numériques ;
  • L’évolution rapide de la technologie et les compétences avancées des pirates informatiques ;
  • La question de la collusion entre initiés et des employés commettant des fraudes, qui touche l’ensemble du marché ;
  • La faible sensibilisation des consommateurs à la cybersécurité. De nombreux clients sont souvent
    victimes d’escroqueries ou ne protègent pas suffisamment leurs informations sensibles ;
  • Le manque de collaboration entre les acteurs du secteur des services financiers.


Pour relever ces défis, il faudrait combiner volonté législative avec engagement de la direction, application stricte des politiques et d’outils technologiques pour contrer la cybercriminalité et augmenter la prévention de la fraude. Les efforts des entreprises pour lutter contre la fraude pourraient être soutenus par une collaboration avec le secteur des services financiers, de plus grandes initiatives et actions pour sensibiliser les consommateurs à la fraude, et la mise en place de sanctions plus lourdes pour les auteurs de fraudes dans les transactions numériques.

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